Rédaction

3ème prix « trés Jeunes espoirs » du concours de nouvelles des Appaméennes du livre 2008

Quand j’entrai dans la salle réservée aux voyageurs, mon premier regard fut pour l’horloge. J’avais tellement hâte de partir ! Mais il restait encore une bonne demi-heure avant le départ. Le départ…dans l’espace ! La première fois. Enfin, j’étais déjà allée sur la lune, mais là, c’était Vénus !
– Bon, tu as tout ? me demanda ma mère.
– Oui, oui, la rassurai-je.
– Tu fais bien attention aux gens ; ils ne sont pas comme nous.
– Ne t’en fais pas, je suis avec le collège…
Toujours inquiète pour moi, ma mère. Je la rassurai encore un peu avant de rejoindre mes amis. Nous étions tous impatients.
Enfin, vingt minutes plus tard : « Les voyageurs pour le vol 3 975 en direction d’Imptor sur la planète Vénus sont priés de se rendre porte d’embarquement n°13. » Tous les élèves, moi comprise, se bousculèrent vers la porte. Tout le monde installé, le vaisseau décolla, et le voyage commença. D’ailleurs, il ne dura pas longtemps.
A peine m’étais-je endormie qu’il fallut se réveiller pour le contrôle des papiers. Ce contrôle passé, le vaisseau se posa et tout le monde s’émerveilla. De grandes montagnes mauves et dorées s’étendaient jusqu’à l’horizon, des rivières à l’eau claire étincelaient à la lumière des trois soleils artificiels, et des milliers d’oiseaux arsendys chantaient sur les branches des zooraioles, arbres arc-en-ciel. C’était plus beau qu »un rêve… Lorsque je descendis du vaisseau, je me sentis reine.
– C’est trop beau… murmura Neil, mon meilleur ami. Ne trouvant pas mes mots, j’approuvai d’un signe de tête.
– Allons, ce n’est pas le moment de rêver ! se plaignit M. Ratleubol, notre prof principal. Nous avons du travail !
Ah, oui ! Le collège ! Je m’assis sur une pierre de verre, sortis une feuille et commençai la rédaction demandée, sur le sujet « Vous croisez un Vénusien, montrez en 5 lignes à quel point il est différent de nous. » Les idées ne me venant pas, je remis la feuille dans mon sac et fis plutôt le dessin du paysage pour le cours d’art plastique. A une heure et demie, nous piqueniquâmes. Ce fut l’occasion de parler de nos premières impressions, de nous demander si nous allions bientôt rencontrer des habitants, s’ils étaient si différents de nous, etc… Puis ce fut une baignade dans la rivière la plus proche.
L’après-midi s’écoula, puis vint le soir. Après avoir dîné, nous sortîmes nos tentes. Une fois la plaine transformée en camping, M. Ratleubol alluma un grand feu et nous raconta les légendes de cette planète. J’adorais particulièrement celle de la princesse qui se changeait en statue de pierre pour sauver son bien-aimé. En revanche, je fus horrifiée par celle du chameau terrien qui se fit décapiter pour le simple plaisir d’un Vénusien.
– Allez, tout le monde au lit ! s’exclama le professeur après la dernière histoire.
Je me glissai sous les draps, et me laissai emporter par le sommeil. Je devais dormir depuis quelques heures lorsque je fus réveillée par des bruits de pas. Intriguée, je sortis de la tente. Assis sur la rive, les pieds dans l’eau, les cheveux reflétant la beauté de Mercure, se tenait un Vénusien. H n’était pas si différent de nous. Une tête, deux bras, deux jambes… Simplement une peau argentée et des cheveux d’or.
Sans faire de bruit pour ne pas réveiller les autres, j’allai le rejoindre.
– Bonsoir, dis-je.
Il se tourna vers moi et me sourit. Quel sourire magnifique ! Et ces yeux… D’un mauve plus tendre que du chocolat. J’étais sous le charme.
– Bonsoir, me dit-il.
– Tu parles français ? m’étonnai-je.
– Grâce à une puce francodictate, expliqua-t-il en levant la tête.
Sous le menton, prise dans la peau, se trouvait une minuscule puce grise.
– Je m’appelle Esteban, m’apprit ce dernier.
– Moi c’est Nelly.
Nous passâmes de longues heures à parler sous les étoiles. Peu à peu, je tombai amoureuse. Mais lorsque l’aube arriva et que les premiers rayons de Yort (l’un des trois soleils artificiels) se montrèrent, Esteban se leva en me promettant de revenir la nuit suivante. Heureuse de cette nuit, je retournai dans ma tente profiter d’une petite heure de sommeil. En effet, un peu plus tard je fus réveillée par M. Ratleubol : « Allez, tout le monde debout ! Allez, bande de paresseux ! » Péniblement, je rejoignis les autres. La journée s’écoula, mais je ne fus pas attentive. Je pensais à Es te ban…
– Nelly, qu’est-ce que tu as ? me demanda Neil.
– Quoi ? Oh, rien. C’est juste que je n’ai pas dormi de la nuit.
Le soir venu, après les histoires de M. Ratleubol, lorsque tout le monde fut endormi, je sortis de la tente. Esteban était déjà là.
– Salut, bafouillai-je.
– Salut. Euh… Tu veux aller faire un tour ? proposa-t-il.
– Avec joie !
Et commença notre promenade au clair de lune. Au bout d’un moment, mon ami me demanda :
– Tu as un copain ?
– Euh, non. Et toi, tu as une copine ?
J’étais maladroite, je sais. Mais je fus quand même soulagée lorsqu’il me répondit que non. Je ne me rappelle plus très bien la suite, mais je me souviens que nous avons échangé un baiser magnifique, et que nous sommes rentrés au camping main dans la main. Il me fit la même promesse que la veille, et je retournai dans la tente.
Ainsi se déroula le voyage : le jour, explorations avec le collège et la nuit, balades avec mon bien-aimé. La dernière nuit, je fus très triste de le quitter, mais je lui promis de revenir et de lui écrire. J’ai eu un et demi sur vingt à ma rédaction. Mais je m’en fiche, car pour moi, c’était la plus belle, la plus vraie : « Une nuit, j’ai entendu du bruit : c’était un Vénusien : Esteban. Il n’était pas trop différent. II avait simplement une peau, des cheveux et des yeux de couleur différente. Et qu’est-ce qu’il était beau ! J’en suis tombée amoureuse, nous sommes sortis ensemble. Mais j’ai dû partir. Esteban, je reviendrai. Je t’aime. »

NIkita BILLOT
Daumazan-sur-Arize